Sud Thaïlande et Nord Malaisie : la fin du périple asiatique

Après deux intenses semaines passées à six, quelques jours sont nécessaires pour nous reposer et nous réhabituer au voyage à deux. C’est au Sud de l’île de Koh Lanta que nous posons nos valises. Très vallonné (nous nous retrouvons à pousser le tandem pourtant délesté de tous les bagages !), le Sud de l’île est assez sauvage. Si la côte Est est principalement constituée de mangroves, la côte Ouest, bordée de belles plages, nous offre de sublimes couchers de soleil, à contempler depuis la piscine…

De retour sur le continent, la côte thaïlandaise devient de moins en moins touristique ; il est plus difficile de trouver à manger mais pour compenser, les magnifiques plages sont désertes et les habitants d’une gentillesse et d’une générosité déconcertantes. Nous ne comptons plus les cadeaux et délicates attentions reçues chaque jour : pastèques, bananes, gâteaux et pâtisseries, riz cuit dans des feuilles de bananier braisées, bouteilles d’eau ou de soda, note du restaurant payée pour nous par un inconnu après nous avoir commandé quelques plats supplémentaires, des inconnus qui ne se contentent pas de nous indiquer le chemin mais nous accompagnent carrément à destination avant de repartir… en sens inverse ! Car contre toute attente, notre aspect négligé, le t-shirt troué de Victor, nos visages rouges et dégoulinants de sueur, suscitent la sympathie plus que le dégoût !

A mesure que nous nous rapprochons de l’équateur, la chaleur devient de plus en plus étouffante. A l’heure du déjeuner (que nous faisons traîner jusqu’à 16h), alors que je rêve d’une salade de tomates bien fraîches, de roquette et d’huile d’olive, nous avons le choix entre des plats en sauce dont la couleur rouge fluo indique le niveau d’épice et des soupes de nouilles brûlantes dans lesquelles surnagent des boulettes blanchâtres de composition inconnue. Puisqu’il faut bien mettre du carburant dans nos estomacs de sportifs, nous optons pour la soupe de nouilles, qui nous vaut une bonne suée supplémentaire. Les locaux aussi semblent souffrir de la chaleur et certains tentent de se rafraîchir en s’allongeant sur le carrelage des supérettes !

Avant de quitter la Thaïlande, nous abandonnons vélo et remorque et partons passer quelques jours sur l’île de Koh Bulon Le, sur la côte d’Andaman, île préservée des flots de visiteurs en excursion, et tellement minuscule qu’une heure suffit à en faire le tour et à en connaître tous les habitants. La mafia locale Les habitants de l’île ont organisé un système de navette pour venir chercher les visiteurs sur le bateau arrivant du continent (alors que celui-ci pourrait parfaitement aller jusqu’à la plage). Bagages et passagers sont transférés d’un bateau à l’autre avec plus ou moins d’aisance et d’élégance. Entassés sur le long tail boat, bateau traditionnel thaïlandais (une coquille de noix tanguant dangereusement au moindre mouvement), nous nous acquittons du droit de passage de 50 bahts et sommes déposés quelques mètres plus loin, chaussures à la main, dans une eau chaude et translucide. Aucune voiture ne circule sur l’île et les groupes électrogènes ne fonctionnent que quelques heures en fin de journée pendant lesquelles nous profitons avec bonheur du ventilateur de notre bungalow. Plages sublimes et désertes, mer turquoise, jungle abritant varans, chauve-souris et toucans, villages de « Gitans de la mer », les Chao lay vivant de pêche aux calamars, mangrove et piles de nasses sur la berge, récifs coralliens et poissons colorés, tels sont les trésors de ce petit paradis insulaire. Aussi folklorique que l’aller, le trajet retour se fait en deux étapes. Un long tail boat en bois, qui ne peut s’approcher de la plage pour cause de mer agitée, vient nous chercher. Dans l’eau jusqu’au nombril (enfin jusqu’à mi-cuisses pour Victor), je me hisse avec peine sur le bateau grâce à mes restes de souplesse et une élégante figure de cochon pendu. Nous sautons d’une embarcation à l’autre en pleine mer houleuse, nos bagages sont réceptionnés de justesse et nous partons à toute allure, cheveux au vent, secoués par les vagues qui tapent la coque avec violence.

La Thaïlande nous aura gâtés de ses excellentes route, à l’asphalte parfait et sur lesquelles on croise moins de véhicules que de portraits du roi. Formellement déconseillée aux voyageurs par le ministère des affaires étrangères, la zone frontalière avec la Malaisie s’avère très calme et très jolie. Nous serpentons en toute tranquillité entre les cocotiers et les bananiers jusqu’à une zone plus montagneuse de forêt tropicale dense abritant le poste de frontière. Si la plupart n’avaient pas disparu, on imaginerait sans peine des tigres et des orangs-outans se promener dans cette jungle. À la frontière, au lieu d’essayer de nous soutirer quelques billets, le douanier nous offre de l’eau et s’excuse de ne pouvoir nous offrir qu’une bouteille pour deux ! Notre entrée en Malaisie et marquée par une petite phase de fatigue, passagère pour Victor, plus installée pour moi, comme si je ressentais en cette mi-mars le contre-coup de neuf mois de voyage déjà écoulés. La chaleur me coupe l’appétit et m’empêche parfois de garder dans l’estomac ce que j’ai réussi à avaler ; mon organisme se rebelle et se détraque. Mise en place immédiate d’un plan d’action : nous réduisons les kilomètres quotidiens, augmentons le temps consacré au sommeil et à la méditation chaque jour et les choses rentrent dans l’ordre petit à petit.

Chaque jour, le premier coup de pédale est à peine donné que nous avons déjà reçu des sourires en pagaille, des coucous, des pouces levés, des « Hello my friends, welcome to Malaysia !», des coups de klaxon, des bras qui nous saluent par les portières des voitures, des invitations à boire ou à manger par dizaines et des indications sur la route à suivre sans qu’on ne demande rien. Le contact avec la population malaisienne, population extrêmement multiculturelle principalement d’origines malaise, chinoise et indienne, se fait très facilement et spontanément. C’est avec une grande chaleur dans les yeux et dans la voix qu’ils nous accueillent et nous parlent de leur pays ainsi que de l’harmonie et du respect qui règnent entre les différentes ethnies et religions pratiquées (islam, hindouisme, taoïsme, bouddhisme, etc.) – du moins en apparence, car, l’islam sunnite étant religion d’Etat, les non-musulmans voient certaines de leurs libertés restreintes.
Tout au long de notre parcours, dragons de céramique finement ciselés et sculptures sur bois des temples chinois, statues colorées des divinités hindoues aux multiples bras et visages d’animaux, dômes et minarets des mosquées nous en mettent plein la vue. Une bénévole nous offre une visite guidée de la très jolie mosquée d’Alor Setar, Masjid Zahir.

Une escapade en ferry sur l’île de Penang nous permet de visiter la jolie ville de Georgetown classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Oeuvres de street art, labyrinthe de ruelles étroites, guirlandes de lanternes, vélos pousse-pousse fleuris, bâtiments coloniaux britanniques, cafés au décor rétro, musique Bollywood et curries indiens dans Little India, murs et fenêtres aux peintures écaillées : nous tombons sous le charme de cette ville aux airs de décor de cinéma.

D’abord étouffante, la chaleur devient accablante, voire insupportable et nous, liquides. Le mercure oscille entre 35 et 40 degrés à l’ombre ; nous alternons les thés glacés et les bouteilles d’eau versées sur la tête. Il est peut-être malvenu de se plaindre de la chaleur quand les trois quarts de nos lecteurs se gèlent en métropole dans l’attente d’un printemps tardif…

La Malaisie ne nous offre donc pas ce que nous aimons tant dans ce voyage : vivre au rythme du soleil, dormir dans la nature et se brosser les dents en regardant les étoiles. Camper est devenu très difficile en raison d’une part, de la température qui ne descend plus sous les 30 degrés même la nuit et d’autre part, d’un environnement peu propice au bivouac où se succèdent grosses villes, axes routiers surchargés et zones industrielles. Les seuls îlots de nature dans cet espace très urbanisé se résument aux palmeraies à huile. Omniprésentes sur la côte Ouest de la Malaisie, ces plantations sont assez laides et confèrent au paysage un aspect désolé, et désolant. Si les champs d’hévéa (une autre monoculture contribuant largement à la déforestation) se montraient accueillants pour les campeurs, les plantations de palmiers, repaires de fourmis voraces, de singes espiègles et tapissées de sensitives épineuses ennemies des matelas gonflables, repoussent les pauvres campeurs en les menaçant de leurs palmes grinçantes dont la chute (sur la toile de tente) est imminente. Nous abandonnons donc purement et simplement l’idée du bivouac en Malaisie, ce qui nous donne l’occasion de tester une grande variété d’hébergements… Le pays n’étant pas particulièrement bon marché en ce qui concerne le logement, nous nous orientons vers les plus économiques, et naturellement, les moins luxueux. De motels crasseux en bord de nationale en hôtels de passe lugubres (qui à défaut d’être romantiques sont très compétitifs), de homestays sans fenêtres ni draps en auberges bruyantes avec option moustiques et fourmis : ainsi se passent nos nuits malaisiennes, assez peu reposantes, donc. Certains établissements nous ont même refusé une chambre au motif que nous ne sommes pas musulmans, enfin plutôt au motif que nous sommes blancs (car oui, c’est bien connu, la religion est une question de couleur de peau…).

Côté faune, si les tigres, gibbons, léopards, rhinocéros, orang-outans, tapirs et boas restent bien cachés, varans, macaques et oiseaux multicolores nous accompagnent au quotidien.
Côté gastronomie, une grande variété s’offre à nous : spécialité malaises, indiennes, javanaises, chinoises… ayant toutes pour point commun celui de nager dans le piment ! Le midi, nous faisons halte dans des sortes de cantines en bord de route où l’on compose soi-même son assiette en se servant dans les multiples plats proposés et où l’usage des couverts pour manger est moins répandu que celui des doigts. Je mise tout sur le riz nature et quelques plats de légumes en apparence inoffensifs. Nous testons également des spécialités nationales telles que le Nasi Lemak et le Cendol, dessert traditionnel à base de lait de coco, de nouilles gélifiées de farine de riz et parfois… de durian, ce fruit à l’odeur si nauséabonde qu’il est interdit dans la plupart des lieux publics et dans les transports en commun. Le verdict de Victor, pourtant pas très difficile sur le plan culinaire, est sans appel : « Mais c’est le pire plat du monde ! ». Nous touchons à peine à ce vomi cette soupe sucrée que nous avait chaudement recommandée la serveuse. Les repas sont aussi l’occasion de multiples séances photos avec les clients qui n’hésitent pas à venir discuter avec nous ou les gérants des restaurants qui trouvent que nous mettons très bien leurs plats en valeur.

Contre toute attente, la dernière journée de vélo en Asie, à l’approche de Kuala Lumpur, nous réserve les routes secondaires les plus calmes de notre séjour en Malaisie et même des petits chemins au cœur des plantations où nous surprenons, autant qu’il nous surprend, un énorme varan tapi au frais dans une flaque de boue, qui détale presque sous nos roues. Quelque part entre l’hypercentre de l’immense capitale malaisienne et l’aéroport international, dans une chambre d’hôtes pour une fois très agréable, nous préparons la suite de l’itinéraire. Une fête d’anniversaire / pendaison de crémaillère est organisée dans la rue. Y sont invités les amis, la famille proche et lointaine, les habitants du quartier, tous les enfants de l’orphelinat voisin et les touristes français qui traînaient par là. Dans une ambiance chaleureuse, tout le monde insiste pour que nous goûtions à tout, dans des quantités considérables : « Et les brochettes de ma grand-mère là-bas, tu les as goûtées ?». Oui, mais dans le doute on nous ressert quand même. Nous passons le repas en compagnie d’un cycliste malais, entre sa « demi-douzaine » d’enfants, quelques grandes-tantes et Nanny Dori (à qui Alzheimer a valu ce joli surnom) qui joue de la guitare avec sa canne sur un air de rock des Fifties devant ses petits-enfants hilares.

Une tournée des bouibouis du coin nous ayant permis de rassembler cartons, papier bulle, scotch et cellophane pour protéger vélo et remorque, nous sommes prêts à nous envoler pour l’Australie. Notre hôte propose même de nous emmener à l’aéroport avec son pickup parfaitement adapté à notre attirail volumineux. Jusqu’au dernier moment les Malaisiens auront été adorables avec nous… Nous quittons donc l’Asie du Sud-Est où nous avons passé 6 mois depuis notre arrivée à Hong-Kong début octobre dernier, pédalé quelques 7700 km et grimpé plusieurs milliers de mètres de dénivelé positif !

Pour vous réchauffer, venez regarder toutes les photos ici !

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2 commentaires sur « Sud Thaïlande et Nord Malaisie : la fin du périple asiatique »

  1. Ces murs peints de Georgetown sont à couper le souffle ! Et démontrent que rien ne vaut le Street Art, tellement + vivant que de figer l’art dans un musée…

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  2. Pause sur le caillou, du coup, pou faire joujou et soigner vos genoux !!!!!! Hâte nous avons de voir les héros !!!! (musclés et épanouis !)

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