Australie : 17 jours de Melbourne à Sydney

Article écrit par Victor en musique et à lire sur l’un des airs folkloriques australiens les plus connus, Walzing Matilda, souvent chantonné sur notre tandem.

Nous nous réveillons au-dessus de Melbourne après 8 heures d’un vol plutôt agité. Encore un peu dans le gaz, nous assemblons le vélo sur le parking de l’aéroport où deux cyclistes Allemands arrivant de Sydney récupèrent volontiers le gros carton ayant servi à transporter notre vélo.

Après 7 mois en Asie, nous vivons un grand changement… Il nous semple être de retour en Europe ou plus précisément au Royaume-Uni… quoique les premières voitures qui nous doublent soient tout de suite d’un tout autre gabarit : gabarit UNITED STATES OF AMERICA. À l’image des États-Unis, l’Australie est un pays jeune, immensément vaste, riche en ressources naturelles et où règne un capitalisme débridé. Ici, on gagne beaucoup d’argent et on en dépense beaucoup pour s’acheter des maisons climatisées mal isolées, des très gros 4×4 pour tirer d’obèses caravanes futuristes et/ou des bateaux à moteur, et bien sûr des barbecues et beaucoup de steaks (aux hormones, s’il vous plaît). Avec des émissions annuelles d’environ 15 tonnes de CO2 par an et par habitant, soit des émissions 3 fois supérieures à la moyenne mondiale, les Australiens font aussi bien que leurs cousins américains et sont les champions du monde du climato-scepticisme puisque 17% des Australiens ne croient pas qu’un changement climatique soit en cours. Une minorité d’Australiens parvient toutefois à adopter un mode de vie bien plus sobre et à œuvrer pour la préservation de leur magnifique environnement. Nous ferons ainsi de très belles rencontres, de personnes souvent bien plus âgées que nous, adeptes de nature, de sobriété, de permaculture, de camping sauvage, de randonnée, de vélo et nous discutons même avec un couple d’anciens tandemistes de 75 ans !

Les conversations très sommaires que nous avions avec les habitants en Asie nous font d’autant plus apprécier de pouvoir communiquer avec les locaux, qui ne manquent pas de commenter notre monture : « It’s a beauty » « Nice little setup you’ve got here mate » ou encore « Give way to the spaceship ».

On nous avait prévenus (un ancien chauffeur routier nous explique que le danger, c’est nous, et que tuer deux cyclistes coûte moins cher qu’un nouveau rétroviseur…). Ici l’automobiliste a développé une certaine « haine du cycliste » et une forme d’impunité liée au poids massif de son véhicule et à sa vitesse et n’entend pas partager la route avec des vélos. Il paraît que ce mécanisme psychologique sévit particulièrement dans les pays Anglo-saxons. Nous aurons en effet l’occasion de vérifier ce diagnostic à deux reprises, d’abord en se faisant insulter copieusement, puis en étant obligés de finir dans le fossé pour éviter un pick-up en train de doubler face à nous à pleine vitesse dans un virage. Quand elles existent, les infrastructures pour vélos sont très mal conçues.

A Melbourne, nous sommes hébergés chez Marine et Florian, amis de Centrale Lyon, et visitons cette charmante ville à vélo dont la plage de Brighton et ses petites cabanes de bois colorées. Les voitures ne sont pas les seules à nous dépasser, ici beaucoup d’habitants, moulés de combinaisons fluo et chaussés de pédales automatiques, se livrent à un contre-la-montre sur leurs vélos de course ultra légers pour se rendre au travail !

Nous prévoyons de prendre la route côtière jusqu’à Sydney, le défi étant d’éviter la route principale chargée de camions et assez inadaptée au vélo. Nous serons amenés à emprunter des pistes entre les exploitations agricoles, dans les forêts et les montagnes, et à avaler beaucoup plus de dénivelé que prévu. Notre route commence donc dans de belles campagnes où vaches, lamas et chevaux paissent paisiblement dans d’immenses espaces. Le moins que l’on puisse dire c’est que les animaux d’élevage ont de la place.

Nous parcourons la quasi intégralité du East Gippsland Rail Trail, ancienne voie de chemin de fer réaménagée pour le vélo qui nous offre de très longs faux plats entre les pins et les eucalyptus odorants. Il n’y a en effet plus de train le long de la côte Australienne, ceux-ci ont été supplantés par les camions et les voitures individuelles. Régulièrement, de petites oreilles dépassent des herbes, ce sont des wallabies qui s’enfuient en sautant à notre approche. Au-dessus de nos têtes, des dizaines de roussettes suspendues dans les branches rougeoient à la lueur du couchant.

Nous nous aventurons ensuite dans les montagnes du Parc National de Snowy River et ses magnifiques forêts où la circulation est très faible. Cet itinéraire nous donne à voir une autre Australie, plus rurale, moins riche, sans eau potable ni réseau téléphonique. Deux journées de grimpe sont nécessaires pour atteindre les plateaux les plus hauts dans une forêt d’eucalyptus et de fougères arborescentes, plante préhistorique apparue il y a plusieurs centaines de millions d’années. Un bivouac dans les bois au bord d’un ruisseau glacial et nous nous imaginons, le temps d’une soirée, au Canada. Peu avant la descente de ces montagnes, nous cassons un rayon (le premier) sur la roue arrière. Fort heureusement, la jante se voile peu et tient le coup jusqu’à la prochaine ville.

Pour cause de dénivelé et de détours pas prévus au programme, nous roulerons 1350 km au lieu des 1000 envisagés ce qui nous obligera à un rythme soutenu pendant 17 jours consécutifs… Rude ! Descendus de nos montagnes, nous rejoignons la route côtière Grand Pacific Drive, trèèèèès vallonnée. Notre volonté est mise à nouveau à l’épreuve mais nous n’avons pas l’intention de lâcher si proches du but, et comme bien souvent, de magnifiques paysages récompensent nos efforts. Nous admirons les lumières du soleil levant sur le sable et les rouleaux brumeux du Pacifique sur la plage de Sunburnt. La route vallonnée le long de la côte surplombe d’impressionnantes falaises,  d’interminables plages quasi désertes où viennent se briser de grosses vagues qui font le bonheur des surfeurs. Nous traversons également plusieurs stations balnéaires huppées, avec petits ports de plaisance, maisons proprettes, gazons parfaits et clôtures bien droites.

Les Australiens se montrent généralement très aidants et insistent pour nous indiquer la meilleure route ainsi que des endroits où camper, manger, se laver (quoi, on sent si mauvais que ça ?) et se reposer. Nous retrouvons les joies du camping plus ou moins organisés et profitons des bons plans de l’application Wikicamps pour camper gratuitement devant un musée ou derrière un PMU où on boit une bière en compagnie des piliers de bar du village. Le vélo se prête bien mieux au camping qu’à l’hôtel, mais il faut accepter d’être réveillés à l’aube par des nuées de perruches dont les cris stridents rappellent le doux bruit de nos antiques modems 56k. Les magasins et épiceries bien fournis deviennent nos meilleurs amis et nous nous remettons enfin à cuisiner !

Mathilde montre une constante exaltation face aux animaux rencontrés sur notre route et risque le torticolis à chercher les koalas dans les arbres. Un détour par Raymond Island nous permet de rencontrer une vingtaine de ces fameuses peluches, bien moins réveillés que nous sur le coup des 11h du matin. L’île pullule aussi d’oiseaux bariolés : cacatoès blancs à crête jaune, échassiers au bec courbé, perruches rouges, vertes, bleues, jaunes,  perroquets gris à tête rouge, etc. Quelques bonnes côtes se dressent avant la plage de Pebbly Beach, ou les kangourous règnent en maîtres. Ils y sont mieux lotis que leurs congénères trop proches des routes, contraints par de multiples clôtures et barrières qui les empêchent de circuler, qui finissent écrasés en quantité. Notre faible vitesse nous permet de sentir et d’observer en détail les charognes de kangourous et de wombats en décomposition. Ici, on ramasse les crottes de son chien mais pas les cadavres d’animaux sauvages. Nous faisons enfin la connaissance des opossums, lorsque l’un d’eux se jette, tel Tarzan, sur la toile tente en plein milieu de la nuit après avoir escaladé le vélo (et laissé des traces de pattes terreuses sur tout notre matériel). Plus tard, un autre représentant de ces marsupiaux nocturnes aux grands yeux noirs, se régale bruyamment des trognons de panais et épluchures de carottes laissées dans un sac plastique sur la remorque.

Notre itinéraire nous permet de visiter Jervis Bay et la grandiose Hyams beach, dont le sable est supposé être le plus blanc au monde. Nous passons la nuit chez un charmant couple, Liza et John, partisans de la sobriété heureuse et de l’hédonisme frugal.

Nous empruntons le magnifique Sea Cliff Bridge, construit à flan de falaise au-dessus de l’océan, au coucher du soleil. Moment de pure magie. Cette nuit-là nous dormirons chez un Australien engagé dans la régénération locale du bush, façonneur de céramique façon Gaudi et vivant en harmonie avec des opossums, des écureuils volants et des lézards géants comme animaux de compagnie.

Jour 17, nous tombons en panne sèche de Ribena (le sirop de cassis local auquel nous carburons)… il est grand temps d’arriver. Nous traversons d’abord le Royal National Park (lui aussi très vallonné) au Sud de Sydney puis arrivons sur les gros axes routiers. La vision d’un cycliste renversé sur la route, entouré des secours, nous rappelle à quel point notre équipage est frêle face aux énormes pare buffles australiens. Nous arrivons fatigués mais heureux devant le Harbour Bridge et l’opéra de Sydney pour une petite photo à contre-jour. Alexia et Pierre-Louis, amis de Calédonie, nous offrent leur hospitalité le temps de nous préparer pour notre vol pour Nouméa…

En 2h30, nous parcourons les 2000 km d’océan qui nous séparent de la Nouvelle-Calédonie et débarquons à l’aéroport de la Tontouta où nous sommes accueillis par mes parents et de traditionnels colliers de fleurs fraîches.

Donc ça y est. On y est ! On l’a fait : Poitiers-Nouméa à vélo ! Enfin presque… 10 mois de voyage et presque 15 000 km dans 17 pays différents.

Mais nous avons décidé de repousser l’heure du bilan… L’aventure reprend bientôt, puisqu’à partir du 1er juin, le tandem reprendra du service et nous ramènera à la maison depuis la Turquie ! De nouvelles aventures à lire sur ce Blog 🙂

Pour l’heure, profitons de la famille et des amis, du caillou, de son lagon turquoise et son sable blanc… !

 

 

Si vous voulez voir d’autres koalas, retrouvez toutes nos photos sur flickr !

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3 commentaires sur « Australie : 17 jours de Melbourne à Sydney »

  1. MERCI de nous avoir fait partager tous ces moments c était magnifique et BRAVO à vous pour votre exploit sportif Pour nous cette année notre périple est juste Nantes Biscarosse de la rigolade pour vous…
    Bonne continuation et restez comme vous êtes LIBRES

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  2. Bravo à tous les 2 !! Votre voyage fait rêver ! Pas mal le fichier de suivi Excel, on te reconnaît bien 😉 Enjoy la Nouvelle Calédonie 🙂 Victoire (DTT)

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  3. Bonjour à tous les deux,

    Nous constatons que vous avez fini votre petit périple !!!! Un grand bravo à vous deux . Nous gardons un excellent souvenir de notre rencontre sous le ciel cambodgien . Pour notre part nous nous sommes installés pour l’instant près de perpignan et sommes ravis de notre choix . S’il vous arrive de passer par ici n’hésitez pas à nous faire un coucou en tout cas …

    De gros bisous et encore bravo

    P.S: au mois de septembre on fait le canal de nantes à brest à vélo histoire de se mettre en jambes pour peut être de plus longs voyages !!!!

    Samia et Mathieu
    ( Battambang , Dhamma Lathika )

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