Poitiers – Nouméa : le bilan en chiffres

Pendant ces 307 jours de voyage, j’ai (Victor) pris soin, tous les soirs, d’enregistrer notre position GPS, la distance parcourue et le temps passé à pédaler (oui, je suis un « geek »). Voici ce que ces données nous apprennent aujourd’hui. Nous souhaitons partager ce bilan avec mes confrères amateurs de chiffres, les curieux et surtout avec les prochains cyclo-voyageurs qui se demandent à quelle vitesse on peut raisonnablement traverser des pays voire des continents à vélo :

Diapositive1

Vélo - Dodo

Distance

Temps

Vitesse

Si comme nous, vous vous demandez si on peut s’attendre à voir sa vitesse moyenne augmenter au cours d’un tel voyage… la réponse ci-dessous avec notre vitesse moyenne  en ordonnée et la distance cumulée en abscisse… par région :

Vitesse p r

…puis par pays :

Vitesse p p

Nous constatons que la vitesse à vélo dépend avant tout des conditions rencontrées (vent, relief, état de la route). Notre niveau de forme physique influence finalement assez peu notre vitesse moyenne. Il faut donc apprendre à être patients lorsque les conditions ne sont pas au rendez-vous… !

Australie : 17 jours de Melbourne à Sydney

Article écrit par Victor en musique et à lire sur l’un des airs folkloriques australiens les plus connus, Walzing Matilda, souvent chantonné sur notre tandem.

Nous nous réveillons au-dessus de Melbourne après 8 heures d’un vol plutôt agité. Encore un peu dans le gaz, nous assemblons le vélo sur le parking de l’aéroport où deux cyclistes Allemands arrivant de Sydney récupèrent volontiers le gros carton ayant servi à transporter notre vélo.

Après 7 mois en Asie, nous vivons un grand changement… Il nous semple être de retour en Europe ou plus précisément au Royaume-Uni… quoique les premières voitures qui nous doublent soient tout de suite d’un tout autre gabarit : gabarit UNITED STATES OF AMERICA. À l’image des États-Unis, l’Australie est un pays jeune, immensément vaste, riche en ressources naturelles et où règne un capitalisme débridé. Ici, on gagne beaucoup d’argent et on en dépense beaucoup pour s’acheter des maisons climatisées mal isolées, des très gros 4×4 pour tirer d’obèses caravanes futuristes et/ou des bateaux à moteur, et bien sûr des barbecues et beaucoup de steaks (aux hormones, s’il vous plaît). Avec des émissions annuelles d’environ 15 tonnes de CO2 par an et par habitant, soit des émissions 3 fois supérieures à la moyenne mondiale, les Australiens font aussi bien que leurs cousins américains et sont les champions du monde du climato-scepticisme puisque 17% des Australiens ne croient pas qu’un changement climatique soit en cours. Une minorité d’Australiens parvient toutefois à adopter un mode de vie bien plus sobre et à œuvrer pour la préservation de leur magnifique environnement. Nous ferons ainsi de très belles rencontres, de personnes souvent bien plus âgées que nous, adeptes de nature, de sobriété, de permaculture, de camping sauvage, de randonnée, de vélo et nous discutons même avec un couple d’anciens tandemistes de 75 ans !

Les conversations très sommaires que nous avions avec les habitants en Asie nous font d’autant plus apprécier de pouvoir communiquer avec les locaux, qui ne manquent pas de commenter notre monture : « It’s a beauty » « Nice little setup you’ve got here mate » ou encore « Give way to the spaceship ».

On nous avait prévenus (un ancien chauffeur routier nous explique que le danger, c’est nous, et que tuer deux cyclistes coûte moins cher qu’un nouveau rétroviseur…). Ici l’automobiliste a développé une certaine « haine du cycliste » et une forme d’impunité liée au poids massif de son véhicule et à sa vitesse et n’entend pas partager la route avec des vélos. Il paraît que ce mécanisme psychologique sévit particulièrement dans les pays Anglo-saxons. Nous aurons en effet l’occasion de vérifier ce diagnostic à deux reprises, d’abord en se faisant insulter copieusement, puis en étant obligés de finir dans le fossé pour éviter un pick-up en train de doubler face à nous à pleine vitesse dans un virage. Quand elles existent, les infrastructures pour vélos sont très mal conçues.

A Melbourne, nous sommes hébergés chez Marine et Florian, amis de Centrale Lyon, et visitons cette charmante ville à vélo dont la plage de Brighton et ses petites cabanes de bois colorées. Les voitures ne sont pas les seules à nous dépasser, ici beaucoup d’habitants, moulés de combinaisons fluo et chaussés de pédales automatiques, se livrent à un contre-la-montre sur leurs vélos de course ultra légers pour se rendre au travail !

Nous prévoyons de prendre la route côtière jusqu’à Sydney, le défi étant d’éviter la route principale chargée de camions et assez inadaptée au vélo. Nous serons amenés à emprunter des pistes entre les exploitations agricoles, dans les forêts et les montagnes, et à avaler beaucoup plus de dénivelé que prévu. Notre route commence donc dans de belles campagnes où vaches, lamas et chevaux paissent paisiblement dans d’immenses espaces. Le moins que l’on puisse dire c’est que les animaux d’élevage ont de la place.

Nous parcourons la quasi intégralité du East Gippsland Rail Trail, ancienne voie de chemin de fer réaménagée pour le vélo qui nous offre de très longs faux plats entre les pins et les eucalyptus odorants. Il n’y a en effet plus de train le long de la côte Australienne, ceux-ci ont été supplantés par les camions et les voitures individuelles. Régulièrement, de petites oreilles dépassent des herbes, ce sont des wallabies qui s’enfuient en sautant à notre approche. Au-dessus de nos têtes, des dizaines de roussettes suspendues dans les branches rougeoient à la lueur du couchant.

Nous nous aventurons ensuite dans les montagnes du Parc National de Snowy River et ses magnifiques forêts où la circulation est très faible. Cet itinéraire nous donne à voir une autre Australie, plus rurale, moins riche, sans eau potable ni réseau téléphonique. Deux journées de grimpe sont nécessaires pour atteindre les plateaux les plus hauts dans une forêt d’eucalyptus et de fougères arborescentes, plante préhistorique apparue il y a plusieurs centaines de millions d’années. Un bivouac dans les bois au bord d’un ruisseau glacial et nous nous imaginons, le temps d’une soirée, au Canada. Peu avant la descente de ces montagnes, nous cassons un rayon (le premier) sur la roue arrière. Fort heureusement, la jante se voile peu et tient le coup jusqu’à la prochaine ville.

Pour cause de dénivelé et de détours pas prévus au programme, nous roulerons 1350 km au lieu des 1000 envisagés ce qui nous obligera à un rythme soutenu pendant 17 jours consécutifs… Rude ! Descendus de nos montagnes, nous rejoignons la route côtière Grand Pacific Drive, trèèèèès vallonnée. Notre volonté est mise à nouveau à l’épreuve mais nous n’avons pas l’intention de lâcher si proches du but, et comme bien souvent, de magnifiques paysages récompensent nos efforts. Nous admirons les lumières du soleil levant sur le sable et les rouleaux brumeux du Pacifique sur la plage de Sunburnt. La route vallonnée le long de la côte surplombe d’impressionnantes falaises,  d’interminables plages quasi désertes où viennent se briser de grosses vagues qui font le bonheur des surfeurs. Nous traversons également plusieurs stations balnéaires huppées, avec petits ports de plaisance, maisons proprettes, gazons parfaits et clôtures bien droites.

Les Australiens se montrent généralement très aidants et insistent pour nous indiquer la meilleure route ainsi que des endroits où camper, manger, se laver (quoi, on sent si mauvais que ça ?) et se reposer. Nous retrouvons les joies du camping plus ou moins organisés et profitons des bons plans de l’application Wikicamps pour camper gratuitement devant un musée ou derrière un PMU où on boit une bière en compagnie des piliers de bar du village. Le vélo se prête bien mieux au camping qu’à l’hôtel, mais il faut accepter d’être réveillés à l’aube par des nuées de perruches dont les cris stridents rappellent le doux bruit de nos antiques modems 56k. Les magasins et épiceries bien fournis deviennent nos meilleurs amis et nous nous remettons enfin à cuisiner !

Mathilde montre une constante exaltation face aux animaux rencontrés sur notre route et risque le torticolis à chercher les koalas dans les arbres. Un détour par Raymond Island nous permet de rencontrer une vingtaine de ces fameuses peluches, bien moins réveillés que nous sur le coup des 11h du matin. L’île pullule aussi d’oiseaux bariolés : cacatoès blancs à crête jaune, échassiers au bec courbé, perruches rouges, vertes, bleues, jaunes,  perroquets gris à tête rouge, etc. Quelques bonnes côtes se dressent avant la plage de Pebbly Beach, ou les kangourous règnent en maîtres. Ils y sont mieux lotis que leurs congénères trop proches des routes, contraints par de multiples clôtures et barrières qui les empêchent de circuler, qui finissent écrasés en quantité. Notre faible vitesse nous permet de sentir et d’observer en détail les charognes de kangourous et de wombats en décomposition. Ici, on ramasse les crottes de son chien mais pas les cadavres d’animaux sauvages. Nous faisons enfin la connaissance des opossums, lorsque l’un d’eux se jette, tel Tarzan, sur la toile tente en plein milieu de la nuit après avoir escaladé le vélo (et laissé des traces de pattes terreuses sur tout notre matériel). Plus tard, un autre représentant de ces marsupiaux nocturnes aux grands yeux noirs, se régale bruyamment des trognons de panais et épluchures de carottes laissées dans un sac plastique sur la remorque.

Notre itinéraire nous permet de visiter Jervis Bay et la grandiose Hyams beach, dont le sable est supposé être le plus blanc au monde. Nous passons la nuit chez un charmant couple, Liza et John, partisans de la sobriété heureuse et de l’hédonisme frugal.

Nous empruntons le magnifique Sea Cliff Bridge, construit à flan de falaise au-dessus de l’océan, au coucher du soleil. Moment de pure magie. Cette nuit-là nous dormirons chez un Australien engagé dans la régénération locale du bush, façonneur de céramique façon Gaudi et vivant en harmonie avec des opossums, des écureuils volants et des lézards géants comme animaux de compagnie.

Jour 17, nous tombons en panne sèche de Ribena (le sirop de cassis local auquel nous carburons)… il est grand temps d’arriver. Nous traversons d’abord le Royal National Park (lui aussi très vallonné) au Sud de Sydney puis arrivons sur les gros axes routiers. La vision d’un cycliste renversé sur la route, entouré des secours, nous rappelle à quel point notre équipage est frêle face aux énormes pare buffles australiens. Nous arrivons fatigués mais heureux devant le Harbour Bridge et l’opéra de Sydney pour une petite photo à contre-jour. Alexia et Pierre-Louis, amis de Calédonie, nous offrent leur hospitalité le temps de nous préparer pour notre vol pour Nouméa…

En 2h30, nous parcourons les 2000 km d’océan qui nous séparent de la Nouvelle-Calédonie et débarquons à l’aéroport de la Tontouta où nous sommes accueillis par mes parents et de traditionnels colliers de fleurs fraîches.

Donc ça y est. On y est ! On l’a fait : Poitiers-Nouméa à vélo ! Enfin presque… 10 mois de voyage et presque 15 000 km dans 17 pays différents.

Mais nous avons décidé de repousser l’heure du bilan… L’aventure reprend bientôt, puisqu’à partir du 1er juin, le tandem reprendra du service et nous ramènera à la maison depuis la Turquie ! De nouvelles aventures à lire sur ce Blog 🙂

Pour l’heure, profitons de la famille et des amis, du caillou, de son lagon turquoise et son sable blanc… !

 

 

Si vous voulez voir d’autres koalas, retrouvez toutes nos photos sur flickr !

Les Défis ! 

Le 10 juin 2017, à l’occasion de notre mariage, vous nous avez soumis un certain nombre de défis à réaliser pendant le voyage… voici un résumé de ces défis, réussis ou pas.

Nous continuerons d’alimenter cette page avec les prochains défis !


Faire demi-tour à la frontière Suisse @PapaColin 

Nous avons dû réaliser le défi deux fois afin de continuer notre route !


Trinquer avec une Mass de bière (1 litre) – en Bavière @Theodule&Maguelonne 


Pédaler sans les mains – en République Tchèque @Marion 

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Sur cette photo, il ne reste plus qu’une main sur quatre sur le vélo… avouez que c’est déjà pas mal… !


Faire un cul-sec de Mad Dog (vodka, sirop de grenadine, tabasco) – en Pologne @CuirMoustache 

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Plus précisément à Gdansk, 12h42, avant de reprendre la route après obtention de nos visas russes… !


Envoyer la première chambre à air crevée à la Brass de Pneu@BrassdePneu (fanfare de Victor) 

Ci-dessus à droite, la Brass de Pneu (en pleine répétition), prend la pause avec la chambre à air de notre remorque préalablement crevée sur une petite route de Lituanie.


Mettre une Estonienne sur la selle avant du tandem – en Estonie @AlainVicari 

Bon c’est un homme et pas une femme et il est mi-Finlandais mi-Norvégien et non pas Estonien… mais c’est bien en Estonie !


Manger une banane tout nu sur la plage (face à l’horizon et au vent) – en Estonie @Nicolas&Camille 

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Défi sensationnel réalisé devant témoins.


Faire 20 km de vélo cul nu – en Lituanie @Nicolas&Camille 

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On n’a pas filmé les 20 km 😉


Virer Poutine – @Bernard&Aline 


Prendre un selfie avec la provodnista de votre wagon – en Russie @Lesloulous 

Notre provodnista a tenté de nous racketter et nous a menacés de balancer notre remorque hors du train… donc le selfie, on n’a pas tenté !


Boire de la vodka russe en pensant à nous – à Omsk @FamilleAudoux&Cordeau 

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Dans le wagon bar du transsibérien avec nos nouveaux amis russes (qui ont clairement bu plus de vodka que nous…).


Lire la Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars – en Russie @Sylvain 

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« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? » demande inlassablement la petite Jeanne de France.


Prendre une photo au bord du lac Baïkal (à poil) – en Sibérie @Thibel 

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Victor, tout nu DANS le lac Baïkal, espère prolonger son espérance de vie, comme le prétend la légende.


Rider un poney nu – en Mongolie @Cao 

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Alors oui, sous nos 6 couches de vêtements, nous sommes nus et les chevaux Mongols sont un peu tous des poneys.


J’irai manger chez vous en Mongolie – en Mongolie @Charles&Mouna 

On est quand même mieux assis par terre pour manger du yack bouilli…!


Passer chez le barbier/coiffeur pour une coupe « originale » – en Mongolie @Menon 

AVANT / APRES : Une nouvelle coupe idéale à entretenir sous les tropiques.

De Guilin à XingYi : des plaines aux montagnes !

Article à quatre mains

La Chine, c’est grand ! Déjà 1800 km pédalés dans ce “pays-continent” dont 900 km depuis notre dernier récit à Guilin. Nous avons traversé trois régions depuis notre départ de Hong-Kong : le Guangdong, le Guangxi et le Guizhou. La prochaine, et dernière, sur notre route avant le Laos, sera le Yunnan.

Ce dernier tronçon marque un vrai changement de relief. Vue du ciel, la Chine descend en trois paliers de l’Ouest à l’Est jusqu’à l’océan : le premier, “le toit du monde”, est le plateau du Qunghai-Tibet, de 5000 à 6000 mètres d’altitude en moyenne. Le second palier, à 1500 mètres, commence dans le Guizhou et le troisième s’étend jusqu’à la mer. Il s’agit pour nous, qui faisons route vers l’Ouest, de remonter l’escalier jusqu’au deuxième palier.

Nous savons que le vélo va être beaucoup sollicité avec ce relief ; Victor passe notre jour de repos à Guilin dans un atelier afin de s’assurer que la transmission nous emmène de l’autre côté des montagnes. C’est aussi le moment de changer les plaquettes des freins à disques car nous ne pouvons pas nous reposer uniquement sur la soutane de Jean-Paul II que nous transportons dans nos sacoches pour assurer la sécurité de l’équipage…

Après une rapide visite de Guilin, nous partons avec motivation mais aussi avec un peu d’appréhension au vu des dénivelés effrayants et du tracé sinueux de la route de montagne que nous propose Martin notre GPS pour les 1200 prochains km nous séparant de Kunming, le chef-lieu du Yunnan.

Nous commençons à être bien rodés au cyclotourisme en Chine. Nous mangeons rapidement dans des bouibouis au bord de la route car cela revient bien moins cher que de se faire à manger soi-même (entre 1 et 2 euros le repas par personne), d’autant plus qu’ici, nous ne trouvons pas forcément notre bonheur dans les épiceries. Les critères de sélection sont les suivants : le restaurant doit donner directement sur la route pour que nous puissions surveiller le vélo, doit disposer de photos de plats que l’on peut pointer du doigt, ou présenter ses ingrédients sur une table ou dans un frigo vitré pour que l’on puisse choisir, ou bien être déjà fréquenté par d’autres clients dont nous pouvons copier les plats en mimant “la même chose, s’il vous plaît”. Depuis peu, nous rajoutons deux autres critères à notre sélection du bouiboui : pas à proximité d’une école (explication plus bas) et dispose d’un mur ou d’un arbre pour appuyer le vélo dont la béquille est cassée. Voilà facile ! Nous nous régalons ainsi de soupes de nouilles, de ravioles vapeur, de cuisine au wok et de brochettes grillées dans la rue. Nous nous faisons avoir par nos premiers plats trop relevés et très rapidement, nous apprenons à dire “sans piment”.

Notre route traverse notamment une région spécialisée dans les fruits du dragon, dont la variété sanguine a une chair rose fuschia très sucrée, on se régale ! Mais attention, lorsqu’on en abuse, comme nous, on a les urines rouges ! Pas de panique, cet effet est dû à la bétanine, un pigment également contenu dans la betterave, qu’une part non négligeable de la population humaine n’est pas capable de dégrader.

Nous vivons notre premier accrochage à vélo. Alors que nous roulons sur une tranquille route de campagne, un petit tripoteur électrique décide de nous doubler. En face, une voiture arrive et l’engin à trois roues se rabat sur nous en nous poussant dans le fossé. Tout se passe très vite ; nous tombons avec le vélo. Nous nous en sortons quasiment sans bobo mais nous avons eu une bonne montée d’adrénaline. Nous engueulons copieusement (en français et en anglais) le petit Chinois qui louche au manettes de l’engin et n’avait même pas remarqué nous avoir renversés. Il a l’air un peu désolé mais en rigole. Le vélo et la remorque s’en sortent avec quelques égratignures supplémentaires. Nous roulerons peu ce jour-là car l’envie n’y est plus trop. Nous nous remettrons de nos émotions avec un beau bivouac dans un champ de canne à sucre et une baignade dans la rivière !

A nouveau motivés pour pédaler, nous commençons la journée du lendemain par 20 km de piste de cailloux assez éprouvante mais les paysages sont magnifiques : nous longeons la rivière Longjiang à flanc de falaise. Nous retrouvons rapidement la G323 qui nous accompagne depuis Guilin et un très bon bouiboui le midi dans lequel nous mangeons des raviolis vapeur. On s’en remplit le ventre pour 3 euros à deux.

Le sixième jour marque le début d’un relief impressionnant, juste après la ville de Hechi. Nous passons les 7000 kilomètres ! Le vert tendre, tendant sur le jaune, du riz arrivé à maturité disparaît du paysage. Octobre est le mois de la récolte du riz à laquelle nous assistons un peu partout sur notre passage. Elle se fait à la faucille la plupart du temps et parfois à l’aide de petites moissonneuses. Ensuite le riz est mis à sécher sur les trottoirs, sur les pas de portes, sur les places publiques ou les terrains de sport. En fin de journée tout le monde s’active pour rentrer le riz au sec pour la nuit. Et pour nous aussi, c’est le moment de chercher un endroit où se mettre à l’abri. En matière de bivouac, c’est un peu la loterie puisque nous alternons entre : le camping 5 étoiles, calme, caché mais accessible depuis la route, sol plat et moelleux et parfum de clémentine et le camping trash, trouvé à la nuit tombée, sur le bord humide et accidenté d’une grosse route, avec option fourmilière, voie ferrée, herbes hautes et/ou ordures. Ce soir-là, nous avons plutôt droit à la deuxième option.

Notre route emprunte d’effrayants tunnels et nous montons des pentes de plus en plus raides, à fond sur les pédales. Nous finirons les plus raides à pied par peur de casser la transmission. En récompense de nos efforts, nous arrivons dans une vallée magnifique où coule la rivière Hongshui et où nous pédalerons pendant deux jours. La circulation est faible et la route excellente. Cela devient compliqué d’y camper car nous sommes coincés à droite par la rambarde, le caniveau d’un mètre de profondeur, le précipice et la rivière en contrebas et à gauche par la falaise. Mais nous finissons toujours par trouver un petit espace plat, au bout d’un petit chemin quittant la route.

Nous passons par la ville de Tian’e, où nous cassons malheureusement la béquille de la remorque qui supporte tout l’équipage à l’arrêt. Avec la béquille cassée, nous ne pouvons plus du tout poser le vélo, le garer n’importe où. Tout devient compliqué, nous n’avons plus jamais les mains libres et devenons esclaves de cet engin de 80 kg qui ne demande qu’à basculer sur le sol. Nous devenons nous-mêmes la béquille et tout notre quotidien en est chamboulé. Alors que nous envisageons d’aller rendre visite à de petits ferrailleurs chinois pour qu’ils nous bricolent quelque chose avec deux barres en métal et un fer à souder, le fabriquant de la remorque nous informe qu’il va nous expédier une nouvelle béquille. Nous prendrons donc notre mal en patience jusqu’à réception de ce précieux petit objet qui nous rendra toute notre liberté.

Nous traversons à présent des zones reculées et isolées. Nous sommes probablement les premiers touristes Blancs à traverser certains villages. De nombreux habitants, surtout des enfants, n’ont très probablement jamais vu de Blancs avant nous. Nous créons souvent des attroupements autour de nous. Un midi, nous nous arrêtons pour manger dans une échoppe face à une école… à l’heure de la pause déjeuner. Tous les enfants accourent. Au début, ils nous observent et se massent autour du vélo sur le trottoir. Lorsque nous entrons dans le restaurant, ils s’agglutinent et se pressent à l’entrée, comme retenus par un cordon invisible. Mais le cordon finit par céder et une vague d’enfants déferle sur nous. Ils envahissent la pièce, nous encerclent. Ils nous observent sans aucune gêne, se collent derrière nous pour voler un selfie avec les Blancs qui tentent d’attraper leurs nouilles gluantes avec les baguettes qu’ils ne savent pas tenir correctement. Nous nous sentons comme des bêtes de foire, comme des animaux au zoo. Mais sans la grille ni la vitre de protection. Puis nous apercevons des têtes plus hautes que les autres. Des adultes ! Ils se frayent un chemin parmi la marmaille. Ils vont les faire sortir du restaurant pour que nous puissions manger en paix. Que nenni !!! Eux aussi veulent une photo avec nous. Nous croyons rêver.

Nous quittons la vallée pour attaquer la partie la plus montagneuse. L’ascension de la fameuse seconde marche de notre escalier chinois n’a rien d’une partie de plaisir. A mesure que le relief s’accentue, notre vitesse moyenne chute malgré les incroyables descentes qui nous permettent parfois d’avaler plus de 10 km sans pédaler. Le temps que nous passons à pédaler chaque jour augmente considérablement. Les heures de soleil n’étant pas extensibles, nous réduisons au maximum les temps de pause que nous faisons pendant la journée. Ce midi-là, alors que nous essayons pourtant d’éviter de manger près des écoles, une classe entière débarque sur le trottoir de la gargote où nous nous sommes installés. Heureusement, ces enfants-là sont bien plus calmes que les précédents. Quelques petites filles, foulard rouge autour du cou, tiennent un livre d’anglais. Elles apprennent les nombres, les couleurs et des formules de politesse. Elles demandent à Victor de lire quelques phrases. À peine a-t-il refermé la bouche qu’elles reprennent toutes en chœur sur un ton de récitation le “Good afternoon, nice to meet you” que Victor le professeur vient de prononcer. Petit aperçu de l’enseignement des langues étrangères en Chine. De bons petits soldats de la nation en cours de fabrication…

La dixième journée sera terrible. Le GPS annonce 2000 mètres de montée et 90 km jusqu’à l’hôtel que nous visons depuis une semaine de bivouac. Le relief a raison de nos objectifs. Nous montons toute la journée, et redescendons aussi bien sûr, mais sur des pentes tellement raides qu’il est trop dangereux d’y laisser filer le vélo. Au fur et à mesure de notre avancée, la magnifique vallée se transforme en chantier à ciel ouvert. Nous continuons donc d’observer un phénomène dont nous avions déjà parlé : la Chine est en travaux. Si les chantiers de construction d’immenses tours ou de bâtiments administratifs colossaux nous impactent peu, les travaux sur les routes en revanche nous impactent pleinement. D’autant plus que visiblement ici, on ne refait pas les routes par tronçons, on refait la route entière au même moment, sans la fermer pour autant ni mettre en place de déviation. Nous empruntons ainsi plus de 80 km d’une route en travaux, littéralement défoncée. Des éboulis, si nombreux qu’on ne les déblaie plus, réduisent régulièrement la route à une seule voie. Ici, il faut patienter en attendant qu’un tractopelle 40 mètres au-dessus de nos têtes ait terminé de balancer des cailloux en contrebas. Là, un engin rebouche à la va-vite un trou béant pour que nous puissions passer. Plus loin, la route et bloquée pour… effondrement ! Nous passons par-dessus les gravats (car la route est bloquée, mais enfin, pas vraiment quand même) puis nous passons sur le morceau de route d’un demi mètre de large qui a eu la bonne idée de resté accroché à la falaise. Et oui, à force de buriner les montagnes, elles finissent par s’écrouler. Au découragement provoqué par le relief et le revêtement de terre et de cailloux, s’ajoute l’ahurissement et l’effroi face à l’ampleur de ces chantiers. Tous les obstacles mis sur notre passage ne sont rien face à la tristesse qui émane des villages traversés par des centaines de camions charriant sable, cailloux, terre, gravats dans tous les sens. Les routes sont défoncées par le passage incessant des camions, les maisons et la végétation recouvertes d’une épaisse couche de poussière grise. Les habitants, impuissants et résignés, assistent à ce ballet de l’absurde en respirant la poussière à longueur de journée dans leurs rues défigurées. Certains tentent d’améliorer la situation en aspergeant la chaussée, mais l’eau ne fait que transformer cette poussière en une boue visqueuse. Les vallées sont creusées et les montagnes burinées pour faire du sable et des graviers pour faire… du béton, toujours plus de béton. Parfois au fond des vallées, entre les trous et les tas de gravats, subsistent deux ou trois parcelles cultivées auxquelles on a laissé quelques de semaines de sursis, avant de les pulvériser elles aussi.

Mais si l’on refait cette route, c’est parce qu’elle a elle-même été défoncée au nom de la construction d’autres ouvrages plus modernes dans la vallée : une immense autoroute flambant neuve, au goudron bien lisse, traversant la vallée sur un nouveau pont aux airs de Golden Gate et débouchant sur un tunnel transperçant la montagne sur plusieurs kilomètres. Pourtant quelque-chose cloche. En une matinée, nous ne verrons qu’une toute petite dizaine de véhicules emprunter ce chef d’œuvre de génie civil. Mais tout près, des tours ne manqueront pas d’être construites ; une ville verra le jour. Et les nouveaux habitants, arrivés là de gré ou de force, emprunteront cette nouvelle route, justifiant ainsi sa construction. Logique implacable.

Il n’y a que sur place que l’on peut mesurer l’ampleur de la folie qui anime le pays. Une folie destructrice ; on ravage les montagnes, la nature, le patrimoine, on confisque les terres arables, on vide les villages, on déplace les habitants. Mais une folie créatrice ; on multiplie les ouvrages en béton armé pour créer un réseau urbain intégré. Car pour le gouvernement, la civilisation urbaine serait seule porteuse de progrès et de réduction des inégalités. Mais quand on lit que la vente des droits d’usage des terrains représente une manne financière phénoménale pour le gouvernement, on se demande quel est le vrai moteur de cette urbanisation en marche forcée.

Bref, fin de la digression. Cette terrible journée se termine dans la souffrance. Arrivés au dernier village après 5h30 de vélo nous savons que la fenêtre est toute petite avant la prochaine montée pour trouver un abri pour la nuit. Mais nous ne trouverons pas d’endroit adéquat entre le village et le début de la montée. Nous voilà piégés et obligés d’entamer une ultime montée à 1100 mètres alors que la nuit tombe. Nous pédalerons au final plus de 7h de vélo en montagne jusque dans la nuit. Nous sommes lessivés. Pour la première fois depuis que nous avons attaqué cette partie du parcours, nos jambes nous font mal mais il faut continuer à avancer. Pas le choix ; on ne peut pas dormir sur la chaussée. C’est finalement dans la descente après le col que nous trouverons un petit bout de champ accessible pour planter la tente à la frontale. Pas de douche ce soir et grignotage dans la tente.

Le lendemain, nous parcourons les 35 km de montagne qui nous séparent de la ville de Wangmo. Comme la veille, nous ne dépasserons pas les 10 km/h de moyenne. A partir de Wangmo, nous dormirons à l’hôtel car notre itinéraire passe désormais par les villes de Zhelou et Anlong. Anlong, où nous arrivons 5 jours avant l’expiration de nos visas dans le but de les faire prolonger de 30 jours supplémentaires pour avoir le temps de rallier le Laos. Nous nous rendons donc au Bureau de Sécurité Publique de la ville pour faire notre demande. Là-bas, nous comprenons, non sans difficulté, que le bureau compétent se trouve dans un autre bâtiment, à 500 mètres. Ouf, c’est pas loin. Arrivés là-bas, on nous explique qu’il n’y a pas d’autorité compétente dans la ville pour les octrois ou prolongations de visas et qu’il faut se rendre à la prochaine ville, Xingyi, à 70 km. Ah. Ni une, ni deux, nous rentrons à l’hôtel ranger nos affaires et enfourchons notre monture dans l’espoir d’arriver à Xingyi avant la fermeture des bureaux. L’hôtel de Xingyi, nous indique que le bureau pour les visas se trouve à l’autre bout de la ville. Nous remontons sur le vélo et arrivons 30 minutes avant la fermeture du bureau… où l’on nous apprend qu’il faut se rendre à un autre bureau (兴义会展中心), à 5 minutes de l’hôtel… Ce bureau est désormais fermé, nous nous y rendons donc le lendemain dès l’ouverture. A notre grand soulagement, le personnel y parle à peu près anglais et nous obtiendrons notre extension de visa deux jours plus tard ! Yunnan, nous voilà !

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Irkoutsk – Oulan-Oude : 6 jours le long du lac Baïkal

Journal de bord de Victor

Jour 1 : Irkoustk – sommet de col – 61 km
Nous passons la soirée à Irkoutsk au restaurant « Le Baïkal » avec Julien, aventurier auto-stoppeur, puis le début de la nuit à préparer le vélo. Nous ne profitons que 7 petites heures du lit confortable car nous avons décidé de repartir. Le réveil sonne : 9h heure locale – 4h heure de Moscou. C’est dur comme un TD à Centrale un lendemain de soirée. Un peu d’hésitation… se reposer un jour de plus ? Non le soleil et le lac nous attendent dehors… il faut y aller !!
La sortie de la ville est longue et pénible mais la circulation diminue doucement à mesure que nous en sortons par la P-258. Les voitures ont aléatoirement le volant à droite ou à gauche. Pas de doute, on est en route pour la Mongolie.
Martin (notre GPS) nous indique qu’il faut passer par 2 cols à 800 et 900 m. Pas d’autres solutions, le Baïkal se mérite !
Ce n’est pas l’Himalaya mais de tels reliefs sont nouveaux pour nous. Nous découvrons la différence entre les pentes à 6,7,8,9,10,11 ou 12%. Nous terminons chaque col sur le 1er plateau 1ère vitesse à 5 km/h… Ça nous réconforte un peu d’entendre les moteurs des camions et des vieilles Lada souffrir comme nos jambes dans les montées. Nous avons le plaisir d’être encouragés toute la journée : klaxons, pouces levés, hola, exclamations, coucous, appels de phares et warnings. Le compteur à pouces (oui il existe dans la tête de Mathilde) explose. C’est lorsque les montées sont les plus fortes que nous sommes les plus forts tous les deux. Pas question de poser le pieds à terre, pas question de flancher. Les descentes sont un régal. Pour la première fois nous utilisons les 3 freins pour ralentir le tandem qui file à 69km/h en bas de la descente. Nos yeux scannent la chaussée à grande vitesse pour voir venir le danger.
Nous montons les 2 cols la première journée et bivouaquons peu après car la nuit tombe plus vite et le froid s’annonce. Nous retrouvons avec plaisir les joies du camping, ces petits gestes et habitudes que nous avons pris depuis plus de 2 mois maintenant. Aujourd’hui est un peu un nouveau départ. Un nouveau départ dont nous nous sentons aujourd’hui capable après les expériences accumulées sur les routes rassurantes d’Europe. Nous sommes heureux de reprendre l’aventure sur le vélo après cet intermède citadin stressant de gares, noodles, scotch, papier journal et cellophane.
Bientôt le Baïkal !

J2 – 2nd col – Байкальск – 82 km
Nous dormons 12 heures. Les deux cols sont passés mais cela ne signifie pas la fin du dénivelé. Nous continuons à monter et descendre sans cesse. Nous nous appliquons à optimiser nos efforts : nous emmagasinons un maximum de vitesse dans chaque descente pour se lancer à fond sur le plat et dans la prochaine montée en appuyant fort sur les pédales.
En récompense de nos efforts, de magnifiques paysages de montagnes et de forêts s’offrent à nous. Au bout de 30 km c’est le sommet à 1000 m avant de plonger vers le Baïkal ! D’un coup il nous apparaît coincé entre 2 lignes électriques. Il est là, grand et calme sous nos yeux. Le lac est la plus grande réserve d’eau douce au monde, il est tellement grand qu’on pourrait y plonger la Nouvelle-Calédonie sans problème. La route devient plus tranquille mais n’oublie toujours pas de monter et de redescendre entre les montagnes russes. Nous nous arrêtons en haut des montées pour nous équiper de nos pulls car le fond de l’air s’est bien refroidi. Nous découvrons des petits villages le long de la route et rencontrons notre premier cyclo-voyageur ! Il est Chinois ! Photo obligatoire ! Il est ravi d’apprendre que nous allons faire du vélo en Chine.
Encore quelques montées. Le lac devient encore plus beau à cette heure de la journée. Nous bivouaquons à la tombée du jour sur une petite plage de pêcheurs qui nous donnent leur bénédiction pour y camper. Nous nous endormons heureux et satisfaits des kilomètres parcourus… près de 3000 m de dénivelés positifs en deux jours… l’équivalent de 23 Ouen Toro pour les Calédoniens ou de 10 tours Eiffel pour les moins Calédoniens.

Je remets le maillot à pois de l’étape à Mathilde qui s’avère un puissant moteur dans ces montées !

J3 – Байкальск – танхой – 89 km
Ça y est, nous avons repris un rythme plus proche de celui du soleil. Andrei, l’haleine chargée, nous bénit pour le reste de notre voyage sur le parking de la supérette ou nous nous ravitaillons en eau et en nourriture. Dans les supérettes, les denrées sont derrière un comptoir et parfois périmées, bref, on rigole bien quand on veut demander des œufs et qu’on ne s’exprime que par mimes !
Les rivières que nous croisons rythment notre progression. Nous déjeunons au bord de l’une d’elle à midi. Nous voyons de nombreux vendeurs au bord de la route qui vendent du poisson du lac (le Omoul), ou des baies, ou les deux. Le relief nous permet enfin d’atteindre une bonne vitesse moyenne. 17h30 : nous campons sur une belle plage au bord d’un petit village, moins beau lui. Au loin, on aperçoit des pêcheurs sur le lac.
Nous sommes le 1er septembre, c’est le jour de la rentrée des classes en Russie. Tout le monde s’est habillé sur son 31 pour l’occasion et pas de vente d’alcool ce jour-là ! On se rattrapera demain !
Après 2 jours de toilettes de chat, nous profitons du lac pour s’y baigner… elle est froide mais il paraît qu’un bain jusqu’à la tête prolongera notre vie de 25 ans… ça vaut le coup !

J4 – танхой – ьоярский – 82 km
La pluie nous attend au réveil ce matin… dur ! Le vent s’est levé lui aussi, il fait froid ! Nous inaugurons une nouvelle technique qui consiste à prendre le petit déjeuner directement dans la tente. Cela nous permet de profiter encore un peu de notre nid douillet avant de sortir affronter les éléments sur notre vélo.
Nous avions été plutôt chanceux jusqu’ici puisqu’un grand soleil nous avait tenu compagnie. Nos gants chauds jusqu’ici restés au fond de la remorque prennent du service ! On sort aussi nos nouveaux bonnets tout neufs achetés à Irkoutsk. Nous repartons sur la grosse route de Oulan-Oude. Je confie à Mathilde que j’aimerais être un sachet de nouilles chinoises au sec et au chaud au fond de la remorque. Elle aimerait être une paire de chaussette chaude car elles sont rangées au milieu des doudounes, toujours dans la remorque ! Toujours autant de camions qui nous doublent et dont je surveille la trajectoire d’évitement. Nous nous arrêtons dans un petit village pour le petit déjeuner. Un petit chien vient nous tenir compagnie. Il aura 3 morceaux de saucisson et 2 bouts de fromage, le veinard. Mon petit moteur électrique est fatigué, Mathilde a les cuisses qui la font souffrir… Les kilomètres de dénivelé ont laissé des traces… mais elle tient bon, encouragée par les ouvriers qui refont la route et nous filment et par un conducteur de train qui nous klaxonne. Les premiers rayons de soleil percent a travers les nuages. Nous en profitons pour faire sécher le toit de la tente pour dormir au sec ce soir. Nous plantons une dernière fois la tente au bord du lac Baïkal avant que la route ne bifurque vers les terre pour rejoindre Oulan-Oude. En haut d’une falaise, nous avons le spectacle d’un coucher de soleil magnifique. Bière et dernière baignade dans le lac ! On regrette juste que le train passe si près du bord car malheureusement nous en entendons beaucoup défiler, surtout des trains de marchandises qui transportent du bois, du charbon, de l’essence ou parfois des tanks. Nous nous arrêtons juste avant la borne des 300 km. Demain nous espérons bien atteindre la borne des 400 km !

J5 – ьоярский – на паром – 101 km
A nouveau un réveil sous la pluie… cette fois le moral n’y est plus trop. Je mets de la musique sur notre enceinte nomade pour nous motiver. Nouveau petit déjeuner sous la tente. Nous profitons d’une accalmie pour vite tout rentrer au sec dans la remorque et les sacoches étanches. A nouveau, le vent s’est levé et dans la bonne direction. Il nous aide sur le début du parcours qui est devenu plat. A la pause de midi, nous avons déjà parcouru 75 km ! À mesure que nous progressons dans les terres, les arbres sont de moins en moins verts. On voit apparaître du jaune, du orange, du rouge, ça y est l’automne est là. Il fait environ 13℃ et beaucoup moins en ressenti. Mathilde dont les jambes vont mieux après les massages de la veille, a du mal à se faire au froid, surtout ses orteils, qu’elle réchauffe énergétiquement à un arrêt de bus. Nous avalons rapidement les 25 derniers kilomètres et plantons la tente le long d’une rivière. Nous en profitons pour tester notre système de filtration d’eau, celui-ci fonctionne à merveille et on se servira de l’eau de la rivière filtrée pour faire cuire les tagliatelles ! Aujourd’hui étaient nos derniers kilomètres vers l’Est. Demain nous entamons la descente vers le Sud, vers le soleil ! Il est grandement temps !

J6 – на паром – Oulan-Oude – 58 km
Houra ! Pas de pluie ce matin ! Nous partons donc du bon pied attaquer nos premiers kilomètres vers le Sud. Nous croisons des petites marmottes au bord de la route. Mathilde est fan et veut s’arrêter tous les 50 mètres prendre une photo. Un col nous attend encore d’ici Oulan-Oude. Comme des oignons, nous retirons les couches au fur et à mesure que la machine chauffe dans la montée. Heureusement, le sommet arrive avant que l’on soit tout nus. Au sommet, nous rencontrons une Roumaine d’origine mongole qui n’en revient pas de notre aventure et nous offre des pâtisseries en forme de têtes de tigre qui sont plus mignonnes que bonnes. Nous nous arrêtons dans un café de routiers pour profiter du WIFI et se réserver un petit nid douillet à Oulan-Oude. Le vélo est garé devant le café. Les routiers qui le voient en rentrant n’en croient pas leur moustache. On est des stars. Nous entrons dans Oulan-Oude sous le soleil et profiterons à fond du confort de notre chambre pour se reposer et se laver ! Oulan-Oude, c’est le genre de ville où le touriste ne met pas les pieds mais plutôt le genre de ville où on vient s’enterrer le temps d’un audit environnemental chez l’industriel du coin. Malgré tout, la ville est plutôt jolie et sympathique à visiter. Nous allons au restaurant pour fêter mon anniversaire avec 1 jour d’avance car on ne sait pas de quoi demain sera fait… nous reprenons la route vers la Mongolie !

Retrouvez toutes les photos ici !

Entraînement : Paris – Poitiers

Le départ est toujours prévu au 16 juin 2017. Nous mettons a profit une semaine de vacances pour un entrainement entre Paris et Poitiers, enfin plutôt entre Malakoff et Fontaine-le-Comte. L’occasion de tester le vélo (réceptionné la veille !), le matériel et de se tester physiquement.

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Malakoff – Etampes : Le début du parcours n’est pas des plus pittoresques. Nous commençons par emprunter la piste cyclable qui longe la nationale 20. Après avoir traversé les zones d’habitations et les zones industrielles et commerciales de la banlieue sud, nous arrivons enfin dans la campagne : les Maisons de la Literie, Buffalo Grill, et Leroy Merlin laissent peu à peu la place aux champs de colza et de blé en herbe pour notre plus grand plaisir.

Nous arrivons samedi soir à 21h30 au sud d’Etampes après avoir sillonné les champs et les forêts de l’Essonne (suivre Google Maps en mode vélo ne s’est pas avéré une si bonne idée). Nous nous installons dans un camping où nous montons la tente à la lampe frontale.

Bilan de la première journée : première chute à l’arrêt, premier roulé boulé dans la terre pour Mathilde, premier franchissement de troncs d’arbre en forêt, premier démontage de remorque forcé (cf. tronc d’arbre au milieu du passage), premier record de vitesse : 49 km/h, premier démarrage en côté raté, premier démarrage en côté réussi, première fin d’étape à la nuit tombée, première rencontre de cyclo-voyageur (celui-ci allait à Saint-Jacques de Compostelle et avait déjà parcouru Paris-Saint-Pétersbourg en tandem en 19 jours…), premier mal de fesses.

Leçon du jour : Ne pas suivre Google Maps vélo à la campagne si on ne veut pas finir au milieu des champs !

Etampes – Orléans : Au petit matin, grosse fringale et razzia dans une boulangerie car c’est une longue journée face au vent qui nous attend. Aujourd’hui, nous roulons sur une départementale bordée d’éoliennes, c’est plus rapide et ça fait moins mal aux fesses. Nous arrivons à Orléans sous des trombes d’eau et trouvons refuge dans un petit hôtel. Notre tandem parvient même à monter dans l’ascenseur et dort donc avec nous au 5ème étage.

Leçon du jour : Quand tu pédales perpendiculairement aux éoliennes, tu as probablement le vent de face

Orléans – Blois : Nous parcourons 75 km, une distance relativement correcte, sauf quand il s’agit de la parcourir avec un vent de 25km/h dans la figure… Nous empruntons l’itinéraire cyclable de la Loire à Vélo. Nous faisons des rencontres sur le chemin, notamment un groupe qui se rend à l’Ile de Ré et que nous recroiserons le soir même à l’auberge de jeunesse. Arrivés à Blois, ville de naissance de Victor, nous dévorons le poulet de la cantine et massons nos cuisses endolories.

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Leçon du jour : La traînée (force de résistance du vent) est proportionnelle​ à la vitesse au carré.

Blois – Tours :  La quatrième journée s’annonce plus tranquille, le vent est tombé. Nous continuons sur les pistes cyclables de la Loire à vélo qui en réalité ne longent pas toujours la Loire. Nous peaufinons nos techniques de démarrage, de demi-tour et de communication pour les passages de vitesse, les virages et l’anticipation des trous ou bosses dans la route. Nous nous arrêtons chez un producteur pour faire honneur aux vins de Loire et décorons la remorque d’un bouquet de jacinthes des bois. A Tours, nous serons hébergés par Antoine.
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Tours – Fontaine-le-Comte : Initialement partis pour parcourir 70km et dormir à Châtellerault, nous décidons de pousser un peu pour arriver chez Mathilde et parcourons finalement 120 kilomètres dans la journée. Nous pédalons beaucoup sur la départementale 910 et notre rétroviseur s’avère très utile. Pour échapper un peu à l’importante circulation, nous nous écartons sur des petits chemins, ce qui nous vaudra une belle chute dans la boue. Une fois relevés, nous poussons un peu le tandem et rejoignons finalement de nouveau l’asphalte pour la fin de l’étape.

19h45 : arrivée à Fontaine-le-Comte chez les parents de Mathilde après 400 km en 4,5 jours. Repos bien mérité, ou pas… car il semblerait que nous ayons un mariage à préparer !

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Retrouvez toutes nos photos sur l’album Flickr.

Les préparatifs

p1030521La décision de partir est prise, la date du départ est fixée… il ne reste plus qu’à faire en sorte que tout ce rêve se concrétise et à se lancer dans les préparatifs. Préparatifs qui finalement, font déjà partie du voyage !

Alors en vrac, un avant-goût de nos occupations de ces derniers mois…

Après avoir décidé que nous partirions sur un engin à pédales, à la force de nos cuisses et de nos mollets, restait à choisir le modèle de vélo. Les cyclo-voyageurs sont nombreux aujourd’hui, bonne nouvelle, et l’offre est grande. Après quelques semaines de réflexion, hésitations et plusieurs essais, nous optons pour un tandem. Oui, mais démontable. Si l’encombrement d’un tandem classique (pour pouvoir le charger à bord de trains, bateaux, avions, etc.) nous refroidissait quelque peu, l’option du tandem démontable, que nous avons découverte un peu par hasard, nous a séduits. Tant qu’à faire, nous faisons fabriquer ce tandem sur-mesure, la différence de taille entre nous n’étant img_20161112_163314481_hdrpas négligeable. Et, paraît-il, un vélo adapté à sa morphologie, c’est la garantie d’avoir moins de douleurs, notamment aux fesses, conseil d’experts – nous espérons pouvoir leur donner raison au bout de quelques centaines de kilomètres. Tous nos membres et segments ont donc été mesurés. Verdict : Victor a les jambes sacrément bancales, Mathilde a les épaules de Teddy Riner et l’avant-bras gauche plus long que le droit.
Première hésitation, mais nous décidons de continuer l’aventure malgré ces handicaps. Les fabricants de tandem démontables et sur-mesure ne sont pas vraiment légion. Nous nous tournons donc rapidement vers un artisan français d’Île-de-France, Cycles Pierre Perrin, situé à Egly (91). Chaque élément du tandem a été choisi minutieusement en fonction de sa forme, son matériau, sa résistance, son poids, son ergonomie, son confort… Heureusement qu’on avait potassé des sites de vélo avant de devoir faire tous ces choix ! Le tandem est actuellement en cours de fabrication. Aux dernières nouvelles, un fournisseur de pédaliers aurait fait faillite, mais nous préférons ne pas y penser. Mathilde est prête à se sacrifier et à faire le voyage sans pédales. Nous attendons donc notre tandem avec impatience et avons hâte de traverser l’Eurasie sur notre monture Made in France.

Le reste du matos : nos précédentes escapades à vélo ou en sac à dos nous ont appris que chaque gramme compte… Nous lisons des kilomètres de pages de catalogues et de tests de matériel sur internet et nous comparons tout. Nos choix s’arrêtent petit à petit et notre remorque se remplit doucement mais sûrement de ce (très) précieux matériel. Pour l’instant nous avons :

  • p1030394une remorque en carbone de 140 litres, légère, robuste, étanche et mono-roue, testée et approuvée par de nombreux tourdumondistes (Victor en est amoureux, elle trône au milieu du salon, ce n’est pas très pratique vu la surface de notre appart mais heureusement, nous partons dans 3 mois). Là aussi, fabrication française, par un artisan des Alpes de Haute Provence.
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  • une tente autoportante, légère, spacieuse, avec une avancée pour pouvoir stocker la remorque et cuisiner à l’abri en cas de mauvais temps, et confortable (ah tu crois que c’est parce qu’on l’a testée sur le lit ?)
  • deux duvets en plumes, température de confort -10° (il faut bien ça), jumelables bien sûr, et pouvant se transformer en couvertures si besoinbivouac-001
  • un réchaud qui fonctionne aussi bien avec du gaz que de l’essence, du pétrole et même du kérosène (sait-on jamais, on n’est pas à l’abri de devoir siphonner un A380 pour faire cuire nos coquillettes)
  • une popote en inox qui comprend 2 casseroles et un couvercle/poêle (le 2 en 1 est notre meilleur ami)
  • un panneau solaire pour recharger smartphone, ordinateur et liseuse, qui sera fixé sur la remorque
  • des vêtements pour le chaud et le froid, une bonne partie en laine de mérinos, un mouton génial dont la laine maintient au chaud quand il fait froid, au frais quand il fait chaud et ne garde pas (trop) les odeurs 🙂p1030341-001
  • divers outils de réparation pour le vélo, des chambres à air, des rustines, des maillons de chaîne, tout un tas de pinces et clés, de la graisse, etc.

L’itinéraire. Nous partirons donc de Fontaine-le-Comte au sud de Poitiers, le fief de Mathilde, pour rejoindre Nouméa, fief de Victor. Après avoir traversé la France, nos pédales devraient nous mener en Allemagne, en Autriche, en République Tchèque, en Pologne, en Lituanie, en Lettonie, en Estonie, en Russie, en Mongolie, en Chine, en Birmanie, en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie, en Australie et enfin en Nouvelle-Calédonie. Nous avons prévu et calculé cet itinéraire en fonction de la distance que nous envisageons de parcourir en moyenne les jours où nous enfourcherons le tandem, à savoir 60 km par jour, en fonction des lieux p1030490d’obtention des visas, des postes de frontières terrestres, de la durée de séjour maximale autorisée dans les différents pays et en fonction des hivers russe et mongole que nous aimerions si possible éviter. Enfin ça, c’est le plan. Dans la pratique, ça se passera sûrement autrement.

Il s’agira donc d’être en forme pour le départ : la fin de l’hiver aidant, nous reprenons nos vélos pour nous rendre au travail le plus souvent possible. Nous prévoyons également une semaine d’entrainement entre Paris et Poitiers début mai pour tester tout notre matériel et se chauffer un peu les mollets. Périple à découvrir dans notre prochain article !

Pourquoi ce voyage ?

Déjà plusieurs années que nous vivons et travaillons à Paris… et l’idée est venue peu à peu de se lancer dans un grand voyage…

Pourquoi maintenant ? Car nous sommes en forme et avons mis assez de côté pour l’aventure !

Pourquoi à vélo ? Car c’est (un peu) moins cher qu’un van électrique (notre première idée) et surtout car c’est le moyen de transport idéal selon nous pour voyager :

  • partir à vélo, c’est faire le choix de la lenteur, ce qui permet de renouer avec le rythme de vie initial de l’être humain, ou du moins de s’en rapprocher, et de vivre au plus près de la nature ;
  • c’est un moyen de transport qui permet une plus grande autonomie que les trains, les bus, les avions, etc. et offre donc plus de flexibilité et de liberté ;
  • le vélo est avant tout un sport, nous serons notre propre moteur ;
  • c’est un mode de transport non polluant, et ça, c’est important pour nous (à condition de ne pas engloutir 2 steaks par jour pour compenser les efforts) ;
  • le vélo permet un « tourisme alternatif » qui s’inscrit dans la continuité, à vélo on voit tout ce qu’il y a à voir sur le chemin, on ne voyage pas en pointillés en sautant d’un bus à l’autre pour aller voir la prochaine attraction touristique ;
  • c’est un générateur de rencontres : le vélo, et à plus forte raison le tandem, suscite la curiosité, rend plus accessible et favorise le contact avec les populations croisées en chemin ;
  • c’est un mode de transport qui nous oblige à ne transporter que le nécessaire et nous permet d’avoir toujours notre maison avec nous.

Pourquoi un tandem ? Pour ne pas avoir à se chercher du regard, pour ne pas s’attendre l’un l’autre à chaque carrefour, pour ne pas se perdre, pour découvrir les choses au même moment, pour tirer notre remorque ensemble, pour partager l’effort.

Pourquoi Poitiers ? Car nous nous marions là-bas le 10 juin, car notre tandem y sera et car c’est là où a grandi Mathilde.

Pourquoi Nouméa ? Car c’est là où a grandi Victor, car il y a des mangues et des litchis sur les trottoirs et car c’est l’un des plus beaux endroits sur terre – ça nous motivera pour pédaler !