Suisse et Allemagne : du Rhin au Danube

Nous n’aurons passé que deux jours en Suisse, d’abord dans les zones industrielles des alentours de Bâle où l’itinéraire cyclable nous fait quasiment passer dans des hangars et entrepôts, puis parmi de charmants villages de montagne helvétiques. Les cultures sont plus variées et nous voyons défiler en Suisse comme en Allemagne, outre les maïs, blés et quelques tournesols, des champs de choux, de betteraves, de fenouil, de courgettes, de salades et même de persil, et bien sûr, de pommes de terre. Pour notre premier soir en Suisse, nous sommes hébergés par Brigitte et son mari Dieter, cyclistes autrement plus chevronnés que nous puisqu’ils ont à leur actif un trajet Suisse-Tibet, aller ET retour. Nous passons la soirée avec Brigitte et ses adorables enfants, Anja, 5 ans, Ella et Beda, jumeaux de 3 ans. Il règne dans la jolie maison un joyeux vacarme et un bazar des plus chaleureux. Nous pouvons parler français avec Brigitte, mais pas avec les enfants qui ne parlent qu’allemand, pour l’instant. Mais nul besoin de comprendre la langue pour comprendre leurs sourires, leurs moues timides, leurs caprices et leurs rires. Je jouerai au Uno Junior et aux Lego avec Beda, pendant que Victor étudie la suite de l’itinéraire allongé sur le tapis du salon entre un cheval de bois et une poupée démembrée.

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Depuis Mulhouse et le passage de la frontière suisse, nous subissons beaucoup de relief. De nombreuses côtes ont raison de nos cuisses et de notre équilibre et nous contraignent à poser pied à terre et pousser le vélo. Nous empruntons également à plusieurs reprises des chemins de forêt qui rendent notre avancée lente et difficile. Nous attendons de rejoindre la plaine du Danube avec impatience. Mais visiblement, le Danube, ça se mérite. Et puis un jour, après avoir pédalé comme des damnés dans une forêt, nous voilà enfin en pleine descente, secoués et bringuebalés par la piste de cailloux, et Victor me lance : « Tu es prête à voir le Danube ? T’es prête ? Il est en bas ! ». Nous dévalons la pente, cahotant et surexcités. Et en bas, rien. Rien de rien. Enfin si, de la terre, des cailloux. Le Danube a clairement découché, il n’est pas dans son lit aujourd’hui. Rendez-vous manqué avec le plus grand fleuve d’Europe. C’est pourtant bien lui sur la carte. Alors nous traversons à vélo le lit vide du Danube, sans pont et sans se mouiller. Nous apprendrons plus tard qu’à cet endroit, le fleuve s’assèche complètement car ses eaux s’infiltrent par la roche calcaire poreuse et passent par des grottes et rivières souterraines. Quelques kilomètres plus loin, nous le découvrons enfin. C’est une rivière de cinq mètres de large tout au plus. Rien à voir avec le large fleuve grandiose et tumultueux que nous avions imaginé.

P1040814Arrivés à Tuttlingen, première ville de notre parcours située sur le Danube, nous faisons le plein d’eau en prévision d’une nuit de camping sauvage. C’était compter sans Martin, croisé dans la ville quelques minutes plus tôt, qui nous rattrape à toute allure sur son vélo pour nous proposer de dormir chez lui. Quelle chance ! Martin cuisine pour nous, insiste pour nous laisser son lit et dormir dans la cuisine et rapporte du pain frais pour le petit déjeuner. Il faut dire qu’il sait ce que nous vivons, car il est allé à Istanbul à vélo il y a quatre ans et dit avoir été touché par la générosité et l’hospitalité des personnes qu’il a croisées. Il souhaite rendre la pareille et nous en sommes les heureux bénéficiaires. Nous passons avec lui une excellente soirée à parler de voyage, de vélo et à s’échanger des conseils. Le lendemain Martin nous raccompagne jusqu’au Danube et toute la matinée nous continuerons à penser à sa générosité et sa gentillesse. Pas si difficile que ça de faire des rencontres finalement !

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Les jours qui suivent marquent notre véritable rencontre avec le Danube. Le début du fleuve, au sud de l’Allemagne, traverse une région extrêmement sauvage et préservée de montagnes, de forêts de conifères et de falaises. Rien d’autre dans cette magnifique vallée qu’une voie de chemin de fer, le Danube et la piste que nous empruntons. Les paysages sont à couper le souffle. Le terrain est plat. Nous sommes seuls. Le bonheur.

Au fil des kilomètres, le Danube se gonfle et s’élargit tant et si bien qu’en le longeant on pourrait se croire au bord d’un lac. Les villes situées sur les bords du fleuve sont nombreuses. Nous faisons des haltes à Tuttlingen, où nous logeons chez Martin, à Sigmaringen, à Ulm, jolie ville qui dispose de la plus haute cathédrale du monde (paraît-il) et où nous serons hébergés chez Lötte, une Belge flamande qui nous concocte une séance d’étirements, à Ingolstadt où nous profitons du marché pour faire des provisions, à Regensburg, ou Ratisbonne en français, ville la plus visitée d’Allemagne qui n’a pas volé son classement au patrimoine mondial de l’Unesco, à Straubing et enfin à Passau, magnifique ville située au confluent de trois fleuves de couleurs différentes, qui compte de nombreuses galeries d’art et une superbe cathédrale baroque.

P1040737L’Allemagne, pays où tout est simple et pratique. Tout, sauf peut-être la langue pour qui ne l’a jamais étudiée. Nos connaissances en allemand sont en effet bien maigres mais nous disposons des mots-clés nécessaires à notre survie : Bier, Wurst, et Kartoffel. Et bien sûr, bitte, car même en état d’hypoglycémie et de déshydratation avancées on peut rester poli. Nous parvenons tout de même à nous faire comprendre pour nous gaver de bretzels et de délicieux pains aux graines de toutes sortes, et nous ignorons les panneaux que nous ne comprenons pas aux abords des champs ou forêts dans lesquels nous avons prévu de planter la tente. En dehors de cela, l’Allemagne est le paradis du cycliste. Les pistes cyclables sont extrêmement nombreuses, même dans les campagnes, la plupart du temps goudronnées, les panneaux de signalisation sont très clairs, toutes les villes et villages disposent de fontaines d’eau potable. Que demander de plus ? Nous croisons beaucoup plus de cyclovoyageurs en Allemagne qu’en France et faisons de nombreuses rencontres qui nous prouvent que le voyage à vélo est à la portée de tous : des Australiens d’environ 45 ans venus traverser l’Europe pendant plusieurs mois (et une invitation en Tasmanie, une !), un couple qui passe ses vacances à vélo avec quatre enfants dont un bébé de sept mois (papa s’occupe des trois plus grands pendant que maman, bébé sous le bras, monte la tente), deux Norvégiennes de 55 ans et d’allure peu sportive qui suivent le Danube jusqu’à Constanta en Roumanie, un couple d’Allemands de 75 ans qui plantent la tente tous les soirs après leur journée de vélo (ils poussent certes leurs vélos dans les montées, mais nous sommes admiratifs de leur courage), et puis bien d’autres encore.

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Ici, tout est propre, net, entretenu, soigné, tiré au cordeau. Pas de peinture qui s’écaille, pas de câbles disgracieux, pas de mousse sur les toits, pas d’herbes folles dans les jardins. Nous découvrons avec étonnement le goût prononcé des Allemands pour la décoration d’extérieur. Les devantures des maisons débordent de fleurs, de massifs, d’arbustes, de pierres de rocaille ainsi que de surprenants bibelots tels que des charrettes ou des vélos fleuris, des pots et cruches en tous genres, des moulins à vent, des boules de verre colorées, des perchoirs à oiseaux, des sculptures en bois ou en métal plus étranges les unes que les autres, des figurines diverses et variées, au sol, suspendues, ou encore fichées dans la terre au bout d’une tige, telles que des oiseaux, des nains, des grenouilles, des sorcières, etc. Le tout forme un arrangement des plus détonants, surchargé mais savamment organisé. Nous n’osons imaginer à quoi P1050331ressemblent les étagères et buffets des salons…

Nous clôturons notre séjour en terre allemande par une journée de repos à Passau. Au programme, lessive et visite de la ville, mais également bière, et pas qu’un peu. Nous boirons chacun un Mass, soit 1 litre de bière, pour relever le défi proposé par Théodule et Maguelonne !

 

L’album photo : c’est par ici !

 

 

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